11 juillet 2017 ~ 0 Commentaire

Les Apparences – Gillian Flynn

les_apparences

« Gillian Flynn fait une nouvelle fois preuve d’un sens du suspense impressionnant, jouant avec les nerfs du lecteur comme un chat avec une pelote. Admirable. »
M. Rogatien, Le Figaro Magazine

Publié en 2012, chez Sonatine.
Collection Livre de Poche.
Traduit de l’anglais américain par Héloïse Esquié.
Genre : thriller posychologique, policier
Thèmes abordés : psychologique, manipulation, policier, apparence, médias

AVERTISSEMENT : cet article contient de nombreux spoilers. Si vous n’avez pas lu le livre, pas vu le film, que vous ne souhaitez pas connaître les détails … passez votre chemin. 

Le résumé : Amy et Nick forment en apparence un couple modèle. Victime de la crise financière, ils ont quitté Manhattan pour s’installer dans le Missouri. Un jour, Amy disparaît et leur maison est saccagée. L’enquête policière prend vite une tournure inattendue : petits secrets entre époux et trahisons sans importance de la vie conjugale font de Nick le suspect idéal. Alors qu’il essaie lui aussi de retrouver Amy, il découvre qu’elle dissimulait beaucoup de choses, certaines sans gravité, d’autres plus inquiétantes. (…)

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L’auteur : née au début de l’année 1971, Gillian Flynn a grandit entouré de livres et d’écrits depuis son enfance. Après des études de journalisme couronnées de succès, la jeune femme espère devenir reporter criminelle ; elle deviendra pourtant critique ciné et littéraire sans abandonner l’écriture, une écriture sombre et fascinante mais je reviendrais la-dessus. Son premier roman, Sur ma peau, sort en 2007, le succès est au rendez-vous, succès qui ne se démentit pas avec Les lieux sombres en 2010. La dame a tout de même parmi ses fans un certain Stephen King. Rien que ça ! «  »Je n’ai pas lu un thriller aussi perturbant depuis des années », a déclaré Stephen King. » (source : Métronews). En 2012, Les Apparences devient un immense succès planétaire, au point que David Fincher s’intéresse à la réalisation. Le film est sortit en 2014.

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Mon avis : Magistrale. Pour être honnête, j’ai commencé par voir le film (que ma meilleure amie m’a fait découvrir et je l’en remercie) avant de lire le livre. On dit souvent qu’un film est une trahison du livre dont il est l’adaptation … Mais pour le coup, c’est totalement faux. En ce qui concerne la critique du film Gone Girl, je vous conseille ceci. C’est une critique d’un Youtubeur, Le Fossoyeur de Film et sa fidèle pelle Pupuce (non, c’est pas des blagues), dont je trouve la critique pertinente et bien illustrée.
L’écriture de Gillian Flynn est simple, sobre et efficace. Elle a ce don de captiver pour mieux vous surprendre. Et tout au long de la lecture, eh bien … Surpris, on ne peut que l’être ! Ce n’est pas seulement la satire du mariage mais aussi la satire de la société américaine et des médias. Le mariage est décrit comme un combat et une suite de compromis. Or, Amy est loin d’en être capable. En effet, les parents d’Amy sont devenu richissimes en vendant une série de livres, Amazing Amy ou L’épatante Amy ; où ils reprennent l’enfance revue et corrigée de leur fille. Celle-ci est devenue une reine de la manipulation, maniaque du contrôle et prête à tout pour parvenir à ses fins, haïssant les compromis, ne connaissant pas la demi-mesure. C’est tout ou rien. C’est une psychopathe, manipulatrice, prête à tout pour parvenir à ses fins, à cette perfection que ses parents ont imaginé dans les livres pour enfants Amazing Amy. Nick est décrit comme un gentil garçon, mais souvent accompagné par les termes « le bébé de la famille », un hypersensible qui à tendance à former une carapace s’il est confronté à une situation tendue. Une phrase de Margo (Go), la jumelle, dans le film, résume assez bien cette protection dont Nick s’entoure : « Quand t’es de mauvais poil, tu te ferme, t’es un peu agressif (…) ou alors tu sors ton numéro de petit garçon et ça sonne faux, alors déconne pas surtout. » Et cette mise en garde, elle est contre les médias de masse, guère épargné dans la satire que représente ce film : les apparences accusent Nick, il est aussitôt la cible d’un lynchage populaire, lynchage dont il ne peut échapper sans Amy. Ironiquement, la cause de tout ses problèmes est aussi le seul moyen d’y échapper …
Mais là où le livre devient malsain c’est avec l’apparition de Desi Collings. Fils de bonne famille, c’est un homme riche, éduqué. Il est obsédé par Amy ; ils sont sortis ensemble pendant leur adolescence, et lorsqu’Amy l’a quitté, il a fait une tentative de suicide, dans le lit de cette dernière. Depuis lors, il lui envoie des lettres d’amour, ne cesse de penser à elle depuis vingt ans. Une obsession qui prend une autre tournure lorsque Nick, à la recherche de preuve de son innocence, rencontre Madame Collings Mère : c’est le portrait craché d’Amy. Svelte, blonde, cheveux courts, « elle sentait le vagin ». Une femme mûre et hyper sexualisé dont la présence est perturbante tant l’emprise qu’elle a sur son fils est grande. Est-ce à dire qu’Amy est une extension de Collings Mère ? Non, Desi ne la voit pas comme une mère de substitution mais comme une … Comment dire ? Elle lui appartient. Il s’empresse de la forger tel qu’il aimerait qu’elle soit, à l’image et c’est flagrant dans le film, de l’adolescente de lycée. Un jeu malsain dominant dominé se dessine entre Amy et Desi, un jeu qui ne peut que mal finir …
Mal finir, comme la relation entre Amy et Nick. Car au final, loin de ses bonnes résolutions, Nick reste. Piégé oui ; mais aussi dépendant de cette femme, sa femme, qui le pousse sans cesse à jouer la comédie, à être quelqu’un d’autres, au nom des apparences. Amy se nourrit de l’admiration et de l’amour de Nick, Nick se nourrit des névroses et des obsessions d’Amy. Une fin magistrale, tordue et pourtant, cette histoire est-elle si … utopique ?

Le livre comme le film est très fort, car Gillian Flynn comme David Fincher ont cette obsession de la psychologie et du huis clos. C’est aussi pour ça que le livre est aussi efficace : mise en abîme du lecteur lisant, plongé dans sa bulle, dans l’intrigue et huis clos de cette petite ville et de ses secrets. Je pourrais continuer très longtemps comme ça tant l’intrigue est riche de sens …
Mais je préfère vous dire d’aller l’acheter car il en vaut vraiment la peine.

Bonne lecture !

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