22 février 2017 ~ 0 Commentaire

Boomerang – Tatiana de Rosnay

Couverture : affiche © Rageman / © photo 2015


« Arrêtez les pendules, coupez le téléphone,

Empêchez le chien d’aboyer pour l’os que je lui donne.
Faites taire le piano et sans roulement de tambour,
Sortez le cercueil avant la fin du jour.
Elle était mon Nord, mon Sud, mon Est et mon Ouest,
Ma semaine de travail, mon dimanche de sieste,
Mon midi, mon minuit , ma parole, ma chanson.
je croyais que l’amitié jamais ne finirait, j’avais tort.
-Que les étoiles se retirent, qu’on les balaye;
Démontez la lune, et le soleil;
Videz l’océan, arrachez la forêt;
Car rien de bon ne peut advenir désormais. »

W.H. Auden, Funeral blues. Extrait p249.

Publication en 2009, © Éd. Héloïse d’Ormesson.
Traduit de l’anglais par Agnès Michaux.
Genre : roman
Thèmes abordés : secret de famille, amour, divorce, adolescence, paternité

Résumé : Sa soeur était sur le point de lui révéler un secret … et c’est l’accident. Elle est grièvement blessée. Seul, l’angoisse au ventre, alors qu’il attend qu’elle sorte du bloc opératoire, Antoine fait le bilan de son existence : sa femme l’a quitté, ses ados lui échappent, son métier l’ennuie et son vieux père le tyrannise. Comment en est-il arrivé là ?
Et surtout, quelle confidence sa cadette s’apprêtait-elle à lui faire ? (…)

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L’auteure : née le 28 septembre 1961, élevée à Boston et à Paris, Tatiana de Rosnay, après des études littéraires en Angleterre, à l’Université de East Anglia, a travaillé à Paris comme journaliste pour Vanity Fair, Psychologies, ELLE et le JDD. Son premier roman, L’Appartement témoin, a été publié en 1992. Depuis, elle a publié une douzaine de livres dont Elle s’appelait Sarah, porté à l’écran par Gilles Paquet-Brenner en 2010. Quatre de ses romans sont en cours d’adaptation, dont Boomerang, ainsi que SpiralesMoka et Le Voisin.

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Mon avis : C’est un excellent roman. La narration est à la première personne, ce qui nous fait plonger dans les pensées, parfois torturée d’Antoine. Le thème du divorce et de la reconstruction est très fort, traité de façon pathétique (du grec pathos, l’émotion), l’amour impossible côtoie les secrets de familles. Savoir, ne pas savoir, se souvenir … Il est intéressant de constater que le secret qui a provoqué le fameux accident devient au final un rouage secondaire, qui semble, en fin de roman seulement, se rattraper, laissant la part belle non seulement au divorce mais aussi à l’érotisme de la relation entre Antoine et Angèle. Angèle, toute de cuir vêtue sur une Harley Davidson … Oui, comme dans la Méthode K, de Café Lowendal & autres nouvelles. Un clin d’œil drôle et amusant.
En fait, ce sont les relations qui donne à ce roman de l’épaisseur : Antoine et son ex-femme Agnès, Antoine et Angèle, Antoine et sa sœur, Antoine et ses enfants … Un père perdue en perte d’autorité, amoureux de sa femme, qui peu à peu apprend à se détacher, à accepter une situation qu’il n’a pas choisit. Là où Antoine devient très agaçant c’est avec son père : un père autoritaire et charismatique qui vieilli affreusement au cours du roman, devenant un vieil homme fatigué et malade. Entre indifférence et apitoiement sur la relation manquée entre les deux hommes, sur l’autoritarisme  de son père, Antoine donne l’impression de se complaire dans ses atermoiements, de se réfugier derrière le charisme rigide de sa famille, bourgeoisie du XVIème, pour expliquer ses défauts et notamment son incapacité à communiquer.
En particulier avec ses enfants. Là encore, Antoine, père passif ? Il ne cesse de répéter que les nouvelles technologies l’éloignent de ses enfants, qu’avec le divorce il n’ose plus faire preuve d’autorité … Il peut donner l’impression de se réfugier derrière les prétextes ; a-t-il peur qu’en se renouvelant dans son rôle de père, cela entérine les changements de sa vie qu’il n’arrive pas à accepter ?
Boomerang est un roman très psychologique, écrit avec finesse et efficacité. Un excellent roman dont l’intrigue n’est finalement pas celle que l’on croit …

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