19 février 2017 ~ 0 Commentaire

Café Lowendal & autre nouvelles – Tatiana de Rosnay

© Plainpictures / © Shuttersotck

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« C’est ce jour là, au Café Lowendal, alors que la neige tombait doucement dehors, et que Victoria posait son regard vert-de-gris sur moi, que l’idée m’a traversé l’esprit, pour la première fois.

L’idée qui allait tout bouleverser. »

Publication en 2014.
Éd. LGF – Le Livre de Poche, col. Littérature & Documents.
Genre : recueil de nouvelle
Thèmes abordés : infidélité, vengeance, drame, histoire, érotisme

Résumé (de l’éditeur, ndla) : Dix textes courts et ciselés, une plume légère qui sculpte les contours d’une vie moderne cynique, effrénée, surexposée, où l’émotion vient subitement briser le rythme, comme un temps de révélation, un phare dans la mélancolie.

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L’auteure : née le 28 septembre 1961, élevée à Boston et à Paris, Tatiana de Rosnay, après des études littéraires en Angleterre, à l’Université de East Anglia, a travaillé à Paris comme journaliste pour Vanity Fair, Psychologies, ELLE et le JDD. Son premier roman, L’Appartement témoin, a été publié en 1992. Depuis, elle a publié une douzaine de livres dont Elle s’appelait Sarah, porté à l’écran par Gilles Paquet-Brenner en 2010. Quatre de ses romans sont en cours d’adaptation, BoomerangSpiralesMoka et Le Voisin.

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Mon avis : Dix nouvelles. Je commenterais chacune d’elle séparément.

Café Lowendal : Gabrielle Célas, auteure sur le déclin, voit sa vie bouleversée par l’arrivée de la belle et blonde Victoria. Elles ne se connaissent pas mais ont aimé le même homme : Diego. Mais faire revivre les fantômes du passé a un prix …
L’écriture, sobre, particulièrement efficace, joue pourtant sur le suspens, quasiment insoutenable. Gabrielle Célas est isolée, se remémore sans l’expliquer. Mais peu à peu, au travers de souvenirs dont on imagine les sons, les odeurs, les couleurs avec justesse, on comprend peu à peu ce chemin qui mène au présent de cette femme. On la suit dans son parcours, dans son intimité aussi et dans sa colère qui s’apaise.

Amsterdamnation : Pour les cinquante ans d’Harry, sa femme Cynthia lui offre un voyage en amoureux à Amsterdam. Cinquante ans, c’est un cap pour l’homme, fatigué autant dans son couple que dans sa vie, nostalgique d’une époque révolue …
Une nouvelle placée sous le signe de la nostalgie. Harry ne cesse de se remémorer son passé, faisant un bilan sombre de sa vie. Ce n’est pas la nouvelle que j’ai préféré, loin de là. Harry dans sa quête d’un passé qu’il glorifie face à un présent qui l’ennuie est plutôt pathétique et franchement ennuyeux.

La Tentation de Bel-Ombre : Une femme écrit une lettre à sens unique. À sens unique car la destinataire de cette lettre est son ancêtre Amélie. Pourtant, au fil de la lettre, une certaine compréhension s’installe entre les deux femmes que les siècles opposent.
Si les dates et les lieux offrent un certain contexte, ce n’est pas tant l’aspect historique mais psychologique qui compte. Là ou la finesse de la narration de Tatiana de Rosnay s’exprime, c’est qu’au final, les choix et la vie de la fameuse « Amélie » deviennent de plus en plus compréhensible … Alors que celle-ci ne s’exprime à aucun moment.

Un bien fou : Un couple en bout de course, des enfants épuisés et un grand besoin de vacances … Un peu chères mais méritées, ces vacances feraient à la petite famille « un bien fou ».
Seulement, rien ne se passe comme prévu et d’imprévus en imprévus, la petite famille parviendra-t-elle à savourer ses vacances ?
À la fois cynique et drôle, cette nouvelle est extrêmement légère. Courte, moins de cinq pages, ses rebondissements que je tairais offre un rythme haletant qui laisse la fin totalement inattendue. Toutefois, le propos reste minimaliste, et c’est une nouvelle relativement fade …

Ozalide : Ozalide doit garder Pamina, une petite fille handicapée. C’est la fille d’un écrivain célèbre, qu’Ozalide adore. Oui, elle l’adore, elle vénère même. Mais jusqu’à quel prix ?
Très psychologique, cette nouvelle … Un peu angoissante également. Mais il est intéressant de voir une obsession grandir jusqu’à atteindre un point de non-retour, de se construire et de rêver à une relation impossible.

Sur ton mur : Lola est une jeune fille pour qui les réseaux sociaux sont une évidence, malgré les avertissements de sa mère. Un soir, elle a réussi à obtenir une invitation pour LA soirée branchée de la ville. Velvet Night. Et quand la jeune femme rencontre un homme, ni une ni deux, elle le retrouve sur facebook. Vraiment ?
Dystopie autour des réseaux sociaux … Je suis toujours très sceptique car souvent le point de vue est assez manichéens : les réseaux sociaux, c’est le maaaal !
Mais là, la critique est plus fine. Le récit dépeint Lola comme une jeune fille impulsive et sans prudence, qui s’offre littéralement aux réseaux sociaux. C’est presque une nouvelle d’initiation : Lola, femme-enfant, devient une adulte.

La méthode « K » : Élise, femme de ménage, découvre en faisant son travail des sous-vêtements plus affriolant et sexy qu’elle ne saurait en rêver. Rêve et érotisme sont-ils vraiment ce qu’il paraît ?
La méthode K. Une méthode à base de privation sensorielle et d’immersion dans un scénario pour « réveiller la libido ». Le côté science-fiction n’est pas réellement exploité, format nouvelle oblige. Je trouve cette nouvelle intéressante par le coté érotique également, décrit avec finesse et beaucoup de douceur.
J’adore également le clin d’oeil avec « la méthode Angèle », une femme sur une Harley Davidson, toute de cuir vêtue. Car cette femme c’est Angèle Rouvatier, un des personnages principales de Boomerang, un autre roman de Tatiana de Rosnay. Un clin d’œil vraiment sympa.

Constat d’adultère : Un homme qui n’est pas nommé, écrivain internationalement reconnu, membre de l’Académie, soupçonne sa femme de le tromper. Il mandate donc une agence de détective privé pour suivre sa femme et lui faire un compte-rendu détaillé de ses faits et gestes.
Le format est vraiment intriguant. Le ton est presque clinique, froid et détaché pour décrire des actes intimes, très intimes. Un décalage troublant, voire perturbant. Pourtant, l’on a envie d’en savoir plus, de découvrir, de comprendre. Tatiana de Rosnay a ce talent de l’écriture de l’intime, de jouer avec cela, de raconter les faits les plus banals avec emphase et sobriété.

Dancing Queen : Ben est un étudiant fatigué qui, pour joindre les deux bouts, a pris un poste de surveillant de nuit dans une société de vente de meuble. Un soir, une nouvelle femme de ménage fait son apparition. Une femme qui danse toutes les nuits sur Dancing Queen …
Encore une fois, cette écriture de l’intime qui rend justice aux petits riens du quotidien. Ben, jeune homme désillusionné, s’ennuie dans sa vie particulièrement morne jusqu’à ce qu’il rencontre cette jeune femme qui danse tous les soirs sur une musique entraînante. La simplicité des faits, de l’écriture leur donne une intensité plus grande encore.

La Femme de la chambre d’amour : Roxane, jeune femme timide passionnée par les livres trouve un emploi de correctrice dans une petite maison d’édition de Biarritz. C’est alors qu’elle rencontre François Del, auteur dont elle doit corriger les épreuves. Mais au lieu du roman attendu, elle découvre un tout autre récit, profondément érotique …
C’est un autre récit chargé d’érotisme, un thème qui plaît décidément à Tatiana de Rosnay. Une jeune femme qui se remet d’une difficile rupture, cherchant à reconstruire sa vie. Et elle rencontre François Del. Bel homme mais ce n’est, au final, pas le plus important. C’est presque une mise en abîme : la relation se créée au travers des mots, d’un récit lut en douce. Un récit dont l’érotisme n’est pas tant dans ce qu’il raconte que dans ce sentiment qu’a Roxane d’une délicieuse faute, celui de lire un récit qui ne lui est pas destiné …

Écriture de l’intime, érotisme, quotidien … Les thèmes principaux de Tatiana de Rosnay sont clairs et définis ; et elle les exploite au maximum, quitte à tirer sur la corde, créant des nouvelles parfois fades mais bien écrites (Un bien fou). Le format de nouvelles convient parfaitement car pertinence et concision en sont les maîtres mots.

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