03 décembre 2016 ~ 0 Commentaire

Torrent

Voilà des mots sans réel but, ni véritable origine. Ils sont un torrent surgit du néant, un torrent de mots auquel je ne peux que céder ; aussitôt immortalisés, aussitôt envolés. Comme si rien ne s’était passé, comme si rien de tout cela n’avait été. 
Je ne puis vous en conter un contexte inexistant, un but tout aussi irréel, tout au plus vous dire en quelques mots ce flot incessant qui n’a cessé de me tarauder. Et voici, un récit, un texte, un instant, ailleurs.

 

Nous avons fait l’amour. Mais ça n’était pas une étreinte tendre et passionnée. Nous avons fait l’amour comme le font deux naufragés en perdition, le cœur au bord des lèvres, le corps au bord du gouffre et un goût de sel. Nous nous sommes accrochés l’un à l’autre comme un alcoolique à sa bouteille, un naïf à ses illusions, une vieille femme à l’agonie se raccrochant à ses souvenirs fuyant. Nous nous sommes laissés aller à ce vertigineux oubli du sexe, pour, l’espace d’un instant, nous sentir normaux. L’errance crasse de deux âmes en peine, un instant oublié, un instant égaré sur la longue route qui mène à la fin de toutes choses et de toutes vies. Rien à dire, rien à faire ; sinon cette peau sur la mienne, sinon cet autre avec moi, enlacé, ensemble et plus que jamais seul au monde.

Le lendemain verra la fin. Les mots couraient sur ma peau, électriques. Le lendemain peut bien attendre, je ne veux plus être aujourd’hui, je ne veux plus connaître le temps et la douleur, l’attente et la souffrance. Il ne reste rien, sinon ce souffle à mon oreille et mon corps, ce corps dont j’avais oublié le plaisir. Il en reste rien, hormis mes râles, il ne reste rien, sinon nous.
Un nous qui s’essouffle quand le temps vient à son terme. Je ne puis espérer autre bonheur que cet instant volé à l’inéluctable, pourtant, je me crois un instant revenu dans un passé qui n’est plus, je suis, pour un rêve entre deux respirations, une autre, riant ; j’ai oublié ce mot, riant. Je le répète dans ma tête, essaie de me souvenir. Riante. La vision s’efface, le ballet des sens nous emporte une derrière fois et dans ce tourbillon, je me rappelle. 

Le rire.
C’est étrange. À la fois déplacé dans la désolation, cependant si libérateur. Il me semble que le monde est moins gris, tandis que je ris. Mon regard se porte sur ce visage que j’ai trop vu sans m’en lasser, la perplexité sur ses traits. Je trouve cela inénarrablement drôle, me laisse emporter jusqu’à ce que mes côtes me rappellent à l’ordre, et quand bien même, je n’en ai cure. Nous voici tous deux, hilares et pourtant désespérés, pitoyables déchets à l’aube de l’extinction. Le rire s’apaise, les sens comblés nous voient presque heureux à l’approche de la fin. 

Je savoure une dernière caresse, offre un dernier baiser.
Il est temps. C’est ensemble que nous le ferons.
Nous courons.
Vers le destin et la mort.

 

Signé Chlo Plume. Tous droits réservés.

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