16 janvier 2016 ~ 0 Commentaire

L’albatros

 © Signé Chlo Plume, tous droits réservés.

L’albatros. C’est un oiseau marin, genre magnifique et majestueux. Des ailes immenses mais une fois à terre, empoté. Parce que des ailes immenses dans les airs, c’est bien mais à terre c’est tout de suite moins pratique. 

C’est aussi un poème de Baudelaire. Un super poème, que j’ai appris quand j’étais bien plus jeune. Primaire, peut-être début collège. Je ne me rappelle plus très bien. 

Mais maintenant, il aura aussi une autre signification.

Pour toi. Et tous ceux qui sont partis trop tôt.

 

Au début, je voulais l’écrire moi-même. Lâcher des mots parce que ton absence fait mal. Parce que tu me fais mal. Même si tu es partit. Mais je ne savais pas quoi dire. Ça m’était déjà arrivé, la page blanche. Mais là … C’est différent, parce que ces mots, ils étaient pour toi et ça ne venait pas. J’ai trouvé ça injuste. J’ai pleuré, j’ai craché ma colère. J’ai fait flipper les voisins mais ils ne sont plus à ça près. J’aurais voulu faire un super texte, le genre de truc qui tombe juste, qui fait pleurer et qui fait sourire. J’dois regarder trop de films. Toi aussi tu aimais ça. Regarder des films. T’évader. Seulement, tous les films que j’avais pu voir, les séries, les livres ne m’ont pas suffit. Nada, pas un mot pour le mec que t’es dans nos cœurs.

Pis je suis tombée la-dessus. C’est pas mon texte, c’est celui d’un ami. Tu le connais. Tu l’as apprécié. Le temps d’une soirée, peut-être que ta douleur te semblait moins lourde à porter. J’espère qu’on a pu t’apporter un peu de paix. Parce que tu vois, ce texte, au début j’ai pas voulu le lire. Dès les premiers mots, j’ai compris. C’était toi, dans ces lignes. J’ai pas pu, les yeux brouillé, j’ai tout fermé. J’ai encore pleuré. Ca m’était plus arrivé depuis des années tu sais. T’as réussi à me faire pleurer, tu peux être fier. T’avais le don de m’horripiler, un vrai chieur avec la gosse que je suis. Mais je t’aimais pour ça. Et pour des tas d’autres raisons que tu connais, je ne vais pas m’attarder. Pis j’ai pris mon courage à deux mains, ma souris d’une et j’ai lu. D’une traite. Puis je l’ai encore lu. Une fois, deux fois. Et j’ai pas pleuré. J’ai souris. Oui j’ai souris parce que ce texte, c’était toi mon vieux. Il était digne, mieux que je ne l’aurais écrit. Ouais, j’ai pas trouvé les mots parce que c’est mon ami qui les a trouvé : Jimmy. Le père de famille, le joueur de mots, l’artisan de vie.

Alors voilà. Ce blog, je ne t’en ai que peu parlé mais c’est aussi une partie de moi. Et ça me semblait juste que tu y sois aussi. Alors voilà. T’es mon albatros Nicolas. Un majestueux albatros.

 

« Adieu l’albatros ! Pars avec tes nuages là-bas, va cumuler ton ventre blanc  avec le bleu de l’horizon et défier les éléments qui bousillent nos littoraux. Ici, tu prenais trop d’espace, tu avais trop d’envergure, et cette fichue manie de connaitre la fin de l’histoire en trois respirations de commencement.

Je me marre, tu vois. Je sais ce que tu aurais répondu :

-« Tu calcules encore mec ! Tu m’agis pas ! »

Je t’aurai grommeler un truc, et puis tu te serais dandiné dans la vie, avec ton rire septentrional.

C’est vrai, t’étais pas à l’aise au milieu de nous, t’étais en rupture humaine. Pas assez d’élan parce que pas assez de place, pour tes grandes ailes. Mais bordel, si toi t’étais handicapé, moi j’étais une banque d’emmerdes. On savait tous que t’étais génial, et on attendait tes nouveaux délires. Oui, on disait délire parce qu’aucun de nous ne pouvait allumer autant de magie avec autant de facilité. Mais on découvrait avec le temps, ta cohérence. On en parlait, mec, entre nous, mais je ne sais pas pourquoi on ne te l’a jamais dit. Peut-être qu’on se disait que tu n’en n’avais pas besoin.

Tu faisais tout tellement vite. Le jour où tu as inventé le résumé du monde en un mot et puis que t’as chialé, parce que personne ne réagissait. Tu as du croire qu’on était des débiles ou des cons, mais en fait on venait de se prendre le quarante-quatre tonnes de ton existence.

Ton fameux « dément-tellement » que tu voulais offrir à la cause humaine, nous l’avons balayé d’un sourire pitoyable.

Je suis tellement désolé mec, que tu sois parti avec ça. Sur le moment, je trouvais ça incroyable. T’avais capté l’incohérence de ce monde.

T’étais juste improbable, pas au bon moment mais avec les bonnes personnes. On t’aimait mec, plus que tu ne l’as jamais ressenti. On n’a jamais pu t’atteindre et toi t’as jamais pu nous attendre. Pourtant il y avait de l’amour entre nous tous.

Je te jure que tu nous manque.

Quand tu parlais pendant des heures, des sentiments abimés et de l’espoir que tu avais, de remplir les vides de ceux que tu croiserais, on était en osmose, et tu nous blindais la cargaison de tendresse. On se sentait plein d’espoir, plein de ces forces dont tu nous rabâchais les oreilles à longueur de journée. Ces fameuses forces qui nous régissent.

Je commence à parler comme toi.

C’est troublant, mec, ton départ. Je capte pas. J’avais l’impression que t’étais éternel. Que rien ne t’arrêterait, t’avais soulevé des montagnes dans nos vies. On se méfiait juste pour nos nanas.

Tu te rappelles, cette nuit de conte, ou nous les gars, on avait fini en vrac dans le salon, et toi, le Casanova, t’avais la gente féminine autour de toi, à s’épancher sur tes rêves. On avait flippé sur le canapé jusqu’au petit matin. 

C’est ce genre de truc, qui me restera, qui nous restera. T’étais hors norme et on le savait, et on t’aimait. T’es un gros con tu sais. T’as utilisé ton intelligence incroyable à faire le con. Là, je chiale en écrivant ce message d’adieu. Tu fais chier. Je ne sais même pas si je vais pouvoir lire tout ça quand Polo va balancer tes cendres. Putain, je ne sais plus quoi dire.

Si.

On va s’occuper des tiens. C’est ça, un ami. Tout le monde va s’en sortir et j’espère que toi, la haut, tu seras surpris, que tu prendras aussi ton pied. Je suis dément-tellement désolé mon pote. » 

A Nicolas, Sandra, Chloé… 

                                                ©  J.Bussière , le 09/02/2014 à Champgeneteux.

 Merci.

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